Le grand virage
Adieu les fresques de 15 minutes, bonjour la Pop & le Funk !
Mais ne boudez pas trop vite cet album qui plonge la tête la première dans de la pop mélodique, du funk léger et une bonne dose de jazz-fusion très typé AOR1 / West-Coast2, un son hyper tendance en cette fin de décennie.
Si vous vous attendez à retrouver des tirades épiques à la Snow Goose, vous allez être surpris. Ici, Bardens balaie les longues suites instrumentales conceptuelles et mise tout sur le format chanson.
D'ailleurs, pour les fans de la première heure, le plus grand choc sera que Bardens prend carrément le micro, poussant sa propre voix au premier plan !
Changement de cap après l'ère Camel
En 1979, le départ de Peter Bardens de Camel fait l'effet d'un petit séisme chez les amateurs de prog.
Co-fondateur du groupe et pilier créatif aux côtés d'Andrew Latimer, le claviériste en a visiblement assez des guerres d'égos et des dogmes du rock symphonique.
Avec Heart to Heart, son deuxième effort solo, il s'offre une vraie bouffée d'oxygène.
C'est l'album d'un homme qui décide de larguer les amarres pour aller explorer des formats plus simples, plus directs... et beaucoup plus décontractés.
Une bande de cadors en studio
Pour réussir cette mue stylistique sans perdre en niveau technique, Bardens n'a pas recruté n'importe qui...
Mel Collins : Le fidèle complice (ex-King Crimson et routier de Camel), dont les interventions au sax et à la flûte amènent une chaleur cuivrée bienvenue (écoutez notamment son boulot sur Julia ou In the Dark).
Neil Murray : Avant de faire hurler sa basse chez Whitesnake (et après ses classes chez National Health), il pose ici une assise rythmique d'une rigueur exemplaire.
Pete Van Hooke : Un métronome à la batterie pour verrouiller le groove.
Doris Troy : L'icône soul américaine vient prêter sa voix aux chœurs, apportant la touche de groove final et une finition très léchée.
Entre Fender Rhodes et mixage aéré
Côté son, l'album est un pur produit de son époque, dans le bon sens du terme. On retrouve la signature de Bardens : ses orgues, ses pianos électriques Fender Rhodes et ses synthés analogiques. Mais cette fois, la production ne cherche pas à empiler les couches. Le mixage est aéré, spacieux, et laisse enfin respirer les rythmiques.
Alors oui, à sa sortie, l'album s'est fait gentiment bouder par les intégristes du prog qui criaient à la trahison commercialo-pop. Mais avec le recul, Heart to Heart reste un disque hyper attachant. C'est le témoignage sincère d'un grand musicien qui prend un virage serré, assume ses envies du moment et prend tout simplement du bon temps.
