L'Odyssée du Rock Progressif L'Odyssée du Rock Progressif

Vangelis

The Dragon

Charly Records [1978]


L'album pirate qui a fait enrager Vangelis

Dans la discographie du maestro grec Vangelis, aucun disque n'a une histoire aussi sulfureuse que The Dragon. Enregistré en 1971 dans les célèbres studios Marquee de Londres, cet album instrumental ne verra pourtant le jour qu'en 1978, publié par le label Charly Records. La raison de ce décalage ? Il ne s'agit pas d'un projet officiel, mais de sessions de répétitions informelles et improvisées. Lorsque le label décide de commercialiser ces bandes sept ans plus tard pour surfer sur la notoriété grandissante du compositeur, la réaction de Vangelis est immédiate : il attaque la maison de disques en justice, bloque l'album et obtient son retrait rapide des bacs, rendant l'objet extrêmement rare.

Les jams psychédéliques de l'après-Aphrodite's Child

Pour comprendre la genèse de ce disque, il faut remonter à l'année 1971. Le groupe Aphrodite's Child vient de terminer l'enregistrement de son chef-d'œuvre conceptuel 666, et Vangelis cherche de nouveaux horizons avant de lancer sa carrière solo avec l'album Earth.

Sous la houlette du producteur visionnaire Giorgio Gomelsky (célèbre pour son travail avec les Yardbirds et Soft Machine), Vangelis s'entoure de musiciens de haut vol : son fidèle complice guitariste Arghiris Koulouris, le violoniste Michel Ripoche et le flûtiste Didier Malherbe, membre éminent du groupe Gong.

Une transe expérimentale unique

L'objectif de Gomelsky était de capturer des séances d'improvisation libre basées sur des grooves répétitifs et évolutifs, très proches de la transe. Le morceau-titre, qui occupe toute la première face, s'étire sur plus de quinze minutes et illustre parfaitement cette démarche. On y entend un rock psychédélique lourd, teinté d'influences traditionnelles grecques et orientales, où les percussions hypnotiques répondent aux solos de violon et de flûte.

Sur le plan technique, Vangelis multiplie les superpositions de claviers analogiques et utilise des effets sonores innovants pour l'époque. Bien que désavoué par son créateur qui considérait ces enregistrements comme de simples brouillons de travail, The Dragon reste un chaînon manquant fascinant. Il témoigne de la liberté créative absolue d'un compositeur en pleine mutation, juste avant qu'il ne se tourne vers les fresques électroniques et synthétiques qui feront sa gloire internationale.