L'Odyssée du Rock Progressif L'Odyssée du Rock Progressif

U.K.

U.K.

Polydor [1978]


La naissance du dernier supergroupe progressif

Sorti en 1978, l'album éponyme de U.K. s'affiche d'emblée comme le testament d'une époque et le premier jalon d'une nouvelle ère. Alors que le rock progressif traditionnel subit de plein fouet les assauts du punk, quatre virtuoses décident d'unir leurs forces pour prouver que la haute technicité a encore sa place dans les bacs. Ce supergroupe réunit la voix d'or et la basse lourde de John Wetton (King Crimson, Roxy Music), la batterie chirurgicale de Bill Bruford (Yes, King Crimson), le claviériste et violoniste surdoué Eddie Jobson (Roxy Music, Frank Zappa) et le guitariste extraterrestre Allan Holdsworth (Soft Machine, Gong).

Le choc entre jazz-rock et architecture symphonique

Ce premier opus refuse la redite. Au lieu de copier les grandes fresques pastorales du début des seventies, U.K. injecte une immense dose de jazz fusion et d'agressivité rock dans ses compositions. Le télescopage entre le jeu de guitare d'Holdsworth - caractérisé par des lignes en legato d'une fluidité unique - et les polyrythmies complexes de Bruford donne aux morceaux une dynamique nerveuse et moderne.

Le morceau d'ouverture, "In the Dead of Night", divisé en trois parties, s'impose immédiatement comme un classique instantané, mariant l'efficacité d'un riff rock accrocheur à des tiroirs structurels denses.

La révolution technologique d'Eddie Jobson

Sur le plan technique, l'album se démarque par son approche sonore avant-gardiste. Entièrement auto-produit par le groupe aux Trident Studios de Londres, le projet bénéficie du travail d'ingénierie de Stephen W. Tayler, qui parvient à restituer chaque nuance de ce maelström instrumental.

La grande force esthétique du disque repose sur l'arsenal d'Eddie Jobson. Si le musicien fait rugir son violon électrique transparent en plexiglas et son Minimoog, il est surtout l'un des tout premiers à dompter le **Yamaha CS-80**.

Ce synthétiseur polyphonique de légende permet à Jobson de sculpter des vagues de cordes électroniques denses et des cuivres synthétiques massifs. Ces textures d'un nouveau genre enveloppent littéralement le chant mélancolique de John Wetton, notamment sur le magistral et spatial "Nevermore".

Un équilibre éphémère

Le mixage final offre une clarté remarquable où la virtuosité individuelle ne cannibalise jamais la cohésion collective. L'album réussit le pari d'être à la fois complexe, puissant et accessible, s'imposant comme l'une des productions les plus haut de gamme de la fin de la décennie.

Cette alchimie sera malheureusement de courte durée : des divergences artistiques profondes entre la vision plus pop de Wetton/Jobson et les penchants expérimentaux de Bruford/Holdsworth conduiront au départ de ces deux derniers juste après la tournée. Cet album reste donc l'unique témoignage studio d'un quatuor légendaire au sommet de son art.