L'Odyssée du Rock Progressif L'Odyssée du Rock Progressif

Nessie

The Tree

MCFB [1978]


Un trésor méconnu

Dans la scène prog belge des années 70, très peu de groupes ont laissé un sillage aussi discret que Nessie, mais leur premier album The Tree paru en 1978, reste un témoignage fascinant de l'ambition symphonique de cette époque.

Nessie est constitué de Joseph "James" Blanche (batterie, chant), Bill Pons (basse, chant) et Henri Leruth (claviers : piano, mellotron, chant). À ces trois membres s'ajoute sur l'album Daniel Sarlet, crédité aux synthétiseurs, à la guitare et au chant.

L'album dure environ 29 minutes, ce qui est relativement court, mais cela ne l'empêche pas d'être dense et évocateur. Le vinyle original - pressé en Belgique sur le label MCFB est aujourd'hui une rareté prisée des collectionneurs.

Une musique entre symphonie et pop progressive

Musicalement, The Tree est ancré dans un rock progressif "symphonique", qui n'hésite pas à emprunter aux arrangements classiques tout en conservant une structure pop accessible. Les claviers occupent une place centrale, offrant des tapis harmoniques, des envolées lyriques ou des moments d'introspection.

Le morceau "Gold Digger Ghost" ouvre l'album sur une ambiance mystérieuse, presque éthérée, tandis que la chanson "The Tree" - qui donne son nom à l'album - développe une mélodie plus contemplative, presque méditative. On ressent à chaque instant cette dualité : une sensibilité "pop" (par les voix, les mélodies) alliée à une recherche d'espace et de profondeur typique du prog symphonique.

Dans "Love Dreamer", le chant et les harmonies vocales sont plus prononcés, donnant à la chanson une dimension "rêveuse". "The Weapon" introduit une tension plus dramatique, probablement par des progressions harmoniques ou des interventions instrumentales plus sombres. Puis "Vivid Memories" paraît comme un retour à une certaine douceur, avant qu'"The World of the Tree" ne ramène au thème central - l'arbre comme symbole, peut-être, de croissance, de vie, de cyclicité.

Enfin, "Rumble of Drums" conclut l'album de manière dynamique : comme si Nessie voulait finir sur une note rythmique, donner un dernier souffle d'énergie après les moments plus contemplatifs.

Points forts et limites : entre nostalgie et répétition

Selon certains critiques sur ProgArchives, l'album, bien que plaisant, peut parfois paraître "répétitif" ou manquer d'une réelle dynamique changeante. Pour un amateur de prog exigeant, la brièveté de l'album peut surprendre, car on attend souvent des compositions plus longues ou plus ambitieuses dans ce style.

Cependant, ce qui rend The Tree séduisant, c'est ce sentiment d'intimité : on a l'impression d'un groupe qui joue pour lui-même, qui tisse des ambiances plus légères que les mastodontes du genre, sans sacrifier la sophistication harmonique. C'est un disque rêveur, mélodique, presque confidentiel - un "gemme cachée" du prog belge.

Héritage et place dans la scène belge

Nessie n'a pas eu une longue carrière discographique : The Tree reste leur album le plus connu (et peut-être leur seul vrai "chef-d'œuvre"). Pourtant, il illustre bien le fait que la Belgique, pourtant plus marginale dans les référentiels du rock prog comparée au Royaume-Uni ou à l'Allemagne, avait aussi des groupes capables d'articuler la symphonie, la pop et le rock avec ambition.

L'album a une valeur de collection non négligeable : les vinyles d'origine sont rares, et certains exemplaires se vendent à des prix assez élevés parmi les amateurs de disques vintage.

Pour tout amateur de rock progressif, The Tree de Nessie mérite une écoute par curiosité, certes, mais aussi par appréciation. Il ne s'agit pas d'un disque révolutionnaire, mais d'une création sincère, modeste, qui capte l'esprit symphonique des années 70 avec une sensibilité distincte. C'est une œuvre qui résonne comme un murmure : pas besoin de grandiloquence pour toucher, juste de la mélodie, une atmosphère bien construite, et un brin de nostalgie.