L'Odyssée du Rock Progressif L'Odyssée du Rock Progressif

Clearlight

Les Contes du Singe Fou

Isadora [1977]


La science-fiction s'invite dans le prog français

Sorti en 1977, Les Contes du Singe Fou est le troisième opus de Clearlight, le projet polymorphe du pianiste et compositeur visionnaire Cyrille Verdeaux. Après le succès de Clear Light Symphony et les délires de Forever Blowing Bubbles, Verdeaux change radicalement de cap. Fini le space-rock purement instrumental : le groupe recrute le parolier et chanteur Francis Mandin pour accoucher d'un véritable opéra-rock conceptuel chanté en anglais. Contrairement à ce que s'imaginent ceux qui n'ont pas ouvert le livret, le titre de l'album est à prendre au premier degré. Il déroule une épopée de science-fiction dantesque où des extraterrestres téléchargent l'histoire de l'humanité dans le cerveau d'un singe juste avant la fin du monde. On est en plein délire prophétique et futuriste, typique de cette fin des seventies.

Un maelström de Jazz, de Moog et de lyrisme

Musicalement, cet album est un ovni qui pousse les frontières du rock progressif hexagonal dans ses retranchements. Cyrille Verdeaux délaisse un temps ses influences classiques pour injecter d'épaisses rasades de jazz fusion et de textures électroniques expérimentales. Les longues compositions à tiroirs s'articulent autour du chant théâtral de Mandin et des duels de claviers analogiques. Entre les envolées de Mellotron, les lignes de basse nerveuses de Joël Dugrenot (qui assure aussi la production) et les solos de guitare spatiaux, le groupe installe une tension dramatique permanente. C'est à la fois complexe, sombre et incroyablement mélodique.

L'écrin parfait des sorciers de studio

Enregistré en novembre 1976 dans les studios Léo Clarens, le disque bénéficie d'une production d'une richesse sonore impressionnante pour l'époque. Le travail sur les couches de voix et les effets électroniques crée une atmosphère dense, presque onirique, qui berce l'auditeur entre transe psychédélique et moments de pure grâce symphonique. Pour parachever cet univers surréaliste, le groupe a confié l'artwork au dessinateur Jean Solé (pilier de Fluide Glacial). Sa pochette mythique, peuplée de créatures fantastiques et de détails cybernétiques, offre le prolongement visuel parfait à ce voyage musical hautement perché. Un indispensable de la scène prog française, à réhabiliter de toute urgence.