L'Odyssée du Rock Progressif L'Odyssée du Rock Progressif

Water

Damburst

Vertigo [1976]


Le chant du cygne vert des Pays-Bas

L'histoire du rock regorge de prophètes prêchant dans le désert, et le groupe néerlandais Water en est l'illustration parfaite. Formé en 1974 par le claviériste et chanteur Ron Westerbeek (fraîchement émoulu de Sandy Coast) sous la houlette du manager Map Nihom, le combo publie au tournant de l'année 1976-1977 son deuxième et dernier album : Damburst. Passée complètement sous les radars à l'époque, cette formation ambitieuse tentait un pari artistique casse-gueule mais fascinant : marier les structures narratives du rock progressif européen avec la chaleur du groove soul et l'énergie du funk. Un cocktail unique qui, malheureusement, n'a pas suffi à leur ouvrir les portes du succès commercial avant leur séparation en 1977.

Quand la musique crie l'urgence écologique

Ce qui force le respect à l'écoute de Damburst, c'est son engagement textuel d'une incroyable modernité. Bien avant que l'écologie ne devienne un argument marketing, Water signe ici un véritable concept-album centré sur la pollution marine. À travers des métaphores sombres et puissantes, le groupe imagine une nature à bout de souffle et une mer prête à consumer sa vengeance contre l'inconscience humaine. Ce message militant est magnifiquement résumé par la pochette de l'album, une œuvre saisissante signée Herman W. Baas, qui illustre cette tension dramatique entre l'Homme et l'Océan.

Un melting-pot sonore audacieux

Sur le plan technique, la production signée chez Phonogram s'avère particulièrement soignée pour un groupe si confidentiel. Westerbeek tisse de riches textures aux claviers tandis que les lignes de basse, très lourdes et marquées par le funk, apportent une dynamique organique qui tranche avec la froideur de certains groupes progressifs de l'époque. On navigue constamment entre sophistication européenne et efficacité rythmique américaine. C'est précisément ce grand écart stylistique qui rend le disque si attachant. Une œuvre hautement recommandable pour les diggers et les curieux qui veulent découvrir comment le progressif hollandais savait aussi avoir du groove.