L'Odyssée du Rock Progressif L'Odyssée du Rock Progressif

Steve Hillage

L

Virgin [1976]


Le gourou du Space Rock s'offre un voyage à Woodstock

Après avoir claqué la porte des joyeux drilles de Gong, le guitariste britannique Steve Hillage décide en 1976 de faire décoller sa carrière solo pour de bon. Pour son deuxième essai, baptisé simplement L, il s'envole vers Woodstock et pose ses valises dans le studio The Secret Sound. Aux manettes ? Nul autre que Todd Rundgren, le savant fou de la pop américaine. Rundgren ne vient pas les mains vides : il ramène dans ses bagages la section rythmique de son propre groupe, Utopia (dont l'excellent Roger Powell aux claviers). Évidemment, l'indispensable Miquette Giraudy - compagne de Hillage et prêtresse des textures spatiales - est aussi du voyage pour injecter sa dose de magie cosmique à ce qui va devenir le sommet commercial du guitariste.

Quand la guitare fait l'amour aux étoiles

Ce qui rend L si unique, c'est cette fusion parfaite entre la chaleur du rock psychédélique et les balbutiements de la musique électronique d'avant-garde. On baigne en plein space-rock, mais avec une clarté de production inédite. Armé de sa célèbre technique de "glissando guitar" et soutenu par des cascades de synthétiseurs VCS 3 et Moog, Hillage tisse des architectures sonores longues, aériennes et profondément lumineuses. C'est un album qui respire l'optimisme béat des seventies, une sorte de transe spirituelle et électrique qui évite habilement le piège de la démonstration technique ennuyeuse.

Des reprises transfigurées à l'acide

La grande audace de cet album réside aussi dans ses choix de reprises. Hillage s'approprie des morceaux iconiques pour les propulser dans une autre dimension. Le "Hurdy Gurdy Man" de Donovan perd son côté folk pour devenir un monstre de rock lourd et spatial, tandis que le "It's All Too Much" des Beatles se transforme en une célébration extatique, blindée de solos de guitare stratosphériques. La patte de Rundgren fait des miracles : il canalise les délires mystiques de Hillage pour en faire un disque d'une efficacité redoutable.

Le sommet vertigineux d'une icône planante

Le public ne s'y est pas trompé : à sa sortie en 1976, l'album décroche une mémorable dixième place dans les classements britanniques. Un véritable exploit pour un disque aussi expérimental et perché ! Cinquante ans plus tard, L reste la porte d'entrée idéale dans l'univers de Steve Hillage. C'est un témoignage flamboyant d'une époque où l'on pouvait squatter le Top 10 tout en proposant une musique qui invite à l'alignement des planètes. Mettez le casque, fermez les yeux, et bon voyage.