Le clone américain de Yes (et ils assument !)
Prenez le rock progressif britannique le plus flamboyant, transplantez-le au milieu des champs de maïs de l'Illinois, et vous obtiendrez le premier album éponyme de Starcastle, sorti en 1976. Ce premier opus est une immense déclaration d'amour - à la limite du plagiat assumé - au géant anglais Yes. Porté par la voix perchée du blond Terry Luttrell (qui venait pourtant de s'illustrer dans le boogie-rock de REO Speedwagon !), le groupe s'impose d'emblée comme le digne héritier américain du genre. Entre la basse claquante de Gary Strater, les envolées de claviers d'Herb Schildt, les guitares jumelles de Matthew Stewart et Steve Hagler, et la frappe millimétrée de Stephen Tassler, l'alchimie est totale. Certes, les puristes crient à la copie conforme, mais le résultat est tellement jubilatoire que la pilule passe toute seule.
La patte magique du producteur de Queen
Pour empaqueter ce déluge de notes, Starcastle s'est payé le luxe d'embaucher un monument : Roy Thomas Baker, l'homme qui venait de sculpter le son de Queen sur A Night at the Opera. Sous sa houlette, l'album bénéficie d'une production au casque absolument somptueuse. Baker pousse à fond ce qu'il fait de mieux : des harmonies vocales ultra-léchées, denses et superposées, qui répondent à des duels de guitares d'une fluidité désarmante. La fusion entre la complexité des structures et ce son aérien donne au disque un côté immédiatement mémorable. C'est l'archétype du progressif à l'américaine : technique, oui, mais redoutablement accrocheur.
Les maîtres des claviers d'antan
La grande force de cet album repose également sur son instrumentation analogique d'une richesse folle. Herb Schildt fait littéralement miauler ses synthétiseurs Minimoog, tissant des textures denses et spatiales qui enlacent la basse Rickenbacker de Strater. Loin de sombrer dans la démonstration technique stérile et un peu froide, Starcastle privilégie toujours une immersion mélodique, presque féerique, qui donne envie de fermer les yeux et de se laisser porter par les étoiles.
Une pépite intemporelle pour les nostalgiques
Alors, faut-il bouder Starcastle sous prétexte qu'ils imitent leurs idoles ? Absolument pas. Si l'album n'a jamais décroché les étoiles de la popularité grand public, il est devenu avec les décennies un véritable disque culte pour tous les amoureux des seventies. Une pièce emblématique d'une époque bénie où l'ambition musicale n'avait pas de limites, et un témoignage vibrant du savoir-faire progressif américain.
