L'Odyssée du Rock Progressif L'Odyssée du Rock Progressif

Return To Forever

Romantic Warrior

Columbia [1976]


Les chevaliers de la table ronde du Jazz Fusion

Prenez quatre des plus grands monstres techniques des années 70, enfermez-les dans un studio d'enregistrement au sommet des montagnes du Colorado, et vous obtiendrez Romantic Warrior (1976). Pour ce sixième album de Return to Forever, le claviériste et sorcier en chef Chick Corea réunit son carré d'as : Stanley Clarke à la basse intergalactique, Al Di Meola à la guitare supersonique et Lenny White derrière une batterie en feu. Ensemble, ils signent le testament ultime du jazz fusion, un disque flamboyant où la liberté du jazz s'acoquine sans pudeur avec la grandiloquence du rock progressif européen et de la musique symphonique.

Quand le synthétiseur remplace l'épée

Ce qui rend ce projet si jouissif, c'est son virage stylistique à 180 degrés. Fini les déhanchements funk et les rythmes latinos des albums précédents ; place à une épopée médiévale et futuriste. Pour habiller ce voyage temporel, Chick Corea déploie une artillerie de claviers hallucinante pour l'époque : orgue Yamaha, ARP Odyssey et les fameux Minimoog et Micromoog dont il tire des solos stratosphériques. Dès l'ouverture sur "Medieval Overture", on sent l'ombre de géants du prog' comme Yes ou Emerson, Lake & Palmer planer sur les compositions, le tout transcendé par un groove typiquement américain.

La virtuosité au service de la mélodie

On reproche souvent au jazz fusion de l'époque d'être une démonstration de force stérile, un concours de celui qui jouera le plus de notes à la seconde. La grande force de Romantic Warrior, c'est d'équilibrer cette virtuosité insolente par un sens inouï de la mélodie. Les morceaux sont des labyrinthes complexes, certes, mais l'auditeur ne s'y perd jamais grâce à des thèmes ultra-efficaces et des moments de respiration acoustique d'une pure beauté. La production est un modèle d'orfèvrerie : chaque instrument est sculpté au millimètre, permettant de savourer chaque nuance de basse slappée ou de cymbale caressée.

Un chef-d'œuvre intemporel

Au final, cet album est bien plus qu'une simple prouesse technique. En combinant une imagerie chevaleresque (magnifiée par une pochette mythique) avec des sonorités résolument modernes, Return to Forever a accouché d'un ovni musical à la fois avant-gardiste et profondément organique. Un disque indispensable pour quiconque veut comprendre comment, au milieu des années 70, le jazz et le rock ont fusionné pour toucher les étoiles.