L'Odyssée du Rock Progressif L'Odyssée du Rock Progressif

Dragon

Dragon

Acom [1976]


Les orfèvres maudits du progressif belge

L'histoire du rock est pavée de chefs-d'œuvre fantômes, et l'unique album éponyme de Dragon en est le parfait exemple. Enregistré en 1976, ce disque unique aurait dû asseoir la réputation de cette formation belge née en 1973. Mené par la fratrie Venaise - Jean au chant et à la guitare, Georges derrière les fûts et à la flûte -, le quinteur intégrait également Bernard Callaert à la six-cordes, Christian Duponcheel aux claviers et Jean-Pierre Houx à la basse (et au trombone, s'il vous plaît !). Ensemble, ces musiciens virtuoses ont accouché d'un joyau de rock progressif symphonique teinté de jazz, qui n'a malheureusement vu le jour que des décennies plus tard à cause d'une sortie avortée. Un rendez-vous manqué avec l'histoire qui en fait aujourd'hui l'un des secrets les mieux gardés des collectionneurs.

Un voyage suspendu entre brume psychédélique et envolées symphoniques

Ce qui frappe dès la première écoute, c'est la maturité des arrangements. Pour de l'auto-production artisanale à une époque où la technologie de studio exigeait des moyens colossaux, le résultat est bluffant. Le groupe joue subtilement sur les contrastes en mariant des textures acoustiques et électroniques très denses. Le cœur de leur son repose sur une utilisation massive et presque mystique du Mellotron et des synthétiseurs de Christian Duponcheel. Les nappes de claviers oscillent constamment entre une mélancolie psychédélique très "scène de Canterbury" et une grandiloquence symphonique digne des grands frères de la scène européenne.

Des labyrinthes musicaux d'une richesse folle

Loin des formats radiophoniques, Dragon prend son temps à travers des compositions longues et de véritables labyrinthes musicaux. Les morceaux s'autorisent des cassures de rythmes audacieuses et des structures à tiroirs qui témoignent d'une maîtrise technique insolente. Si l'album n'a pas pu exercer l'influence qu'il méritait sur le paysage musical belge en 1976 à cause de sa sortie tardive, sa redécouverte tardive prouve une chose : Dragon avait l'or au bout des doigts. C'est une œuvre immersive, complexe et habitée, qui mérite amplement sa réhabilitation au panthéon du prog' européen.