L'Odyssée du Rock Progressif L'Odyssée du Rock Progressif

The Moody Blues

In Search Of The Lost Chord

Deram [1968]


Le jour où les Moody Blues ont ouvert leur troisième œil (et lâché l'orchestre)

Il y a des albums que l'on respecte pour leur technique, et d'autres qu'on aime pour leur folie douce. In Search of the Lost Chord appartient définitivement à la seconde catégorie.

Sorti à l'été 68, en plein "Summer of Love", ce disque est une anomalie magnifique. Oubliez la grandiloquence symphonique de Nights in White Satin qui avait fait leur succès l'année précédente. Ici, les Moody Blues ont pris un pari risqué : virer l'orchestre philharmonique et tout faire eux-mêmes. Le résultat ? Un bricolage de génie, un peu foutraque, terriblement ambitieux et touchant de sincérité.

Le Mellotron comme arme absolue

Ce qui frappe d'emblée quand on pose le vinyle, c'est ce son. Mike Pinder, le sorcier du groupe, ne joue pas du Mellotron, il le dompte. Cette machine capricieuse devient ici le sixième membre du groupe, crachant des violons qui pleurent et des cuivres étranges. C'est cette texture un peu voilée, imparfaite, qui donne tout son sel au disque.

Musicalement, c'est le grand écart permanent. On passe de l'énergie brute et contagieuse de Ride My See-Saw (essayez de ne pas taper du pied, c'est impossible) à des moments de flânerie bucolique où la flûte de Ray Thomas nous emmène faire une sieste sous un arbre.

Timothy Leary et le charme du kitsch

Soyons honnêtes deux secondes : les textes ont pris un petit coup de vieux. Quand le groupe chante "Timothy Leary's dead" ou tente de résoudre les mystères de l'univers avec le mantra "Om", on frôle le kitsch hippie. C'est perché, très perché.

Mais c'est justement ça qui rend l'album si attachant. Ils y croient à fond. Il n'y a pas une once de cynisme là-dedans. C'est une quête spirituelle naïve, certes, mais d'une beauté mélodique absolue. House of Four Doors est un petit opéra de poche qui n'a rien à envier aux futurs géants du prog comme Genesis ou Yes.

Pourquoi on l'écoute encore ?

Au final, In Search of the Lost Chord, c'est la bande-son d'une époque où tout semblait possible. Les Moody Blues ont prouvé qu'on n'avait pas besoin d'être des virtuoses du conservatoire pour créer une symphonie ; il suffisait d'avoir de l'audace, 33 instruments bizarres dans le studio, et une envie furieuse d'aller voir ce qui se cache derrière les portes de la perception.

C'est une capsule temporelle psychédélique dans laquelle on adore se replonger, juste pour le plaisir d'entendre ce dernier accord s'évanouir dans le silence.