Une formation née des cendres des Zombies
Lorsque Rod Argent fonde son groupe éponyme à la fin des années 1960, il cherche à prolonger l'héritage des Zombies tout en ouvrant la voie vers un rock plus affirmé, centré sur les claviers et sur une écriture plus ambitieuse. La présence de Russ Ballard, guitariste et chanteur, Jack Lancaster à la basse et Bob Henrit à la batterie donne rapidement à la formation une identité solide, entre rock progressif, hard-rock léger et pop sophistiquée.
Un album qui cristallise une ambition
En 1972 paraît All Together Now, troisième album du groupe et point culminant de leur période créative. L'album se présente comme un ensemble cohérent où se mêlent riffs puissants, harmonies vocales étirées et une écriture imprégnée par l'influence du rhythm and blues et de la musique classique. Rod Argent accorde une place centrale à l'orgue Hammond, qu'il utilise pour structurer les crescendos, soutenir les refrains et orienter l'élan narratif de chaque morceau.
Quand un riff d'orgue rencontre le rock
" Hold Your Head Up " s'impose immédiatement comme une déclaration d'intention : dès les premières secondes, un motif d'orgue Hammond, scintillant et affirmé, installe une tension avant que la rythmique basse-batterie ne s'abatte comme un uppercut rock. À la guitare, les accords fermés renforcent l'énergie brute, tandis que le chant - emmené par Russ Ballard - mêle urgence et mélodie. À mi-chemin, l'orgue reprend le dessus pour un solo flamboyant, presque cathartique, qui transforme le morceau en un véritable manifeste sonore.
Cette alchimie instrumentale fait de " Hold Your Head Up " moins une simple chanson qu'un collage libre où rock dur, inspiration prog et touches soul-blues cohabitent sans compromis. Le mélange donne un son large, baroque à certains moments, rugueux à d'autres - un son typique d'un rock britannique en mutation, à la croisée du hard, du prog et du rock " classique ".
Un disque entre lumière et tension
Mais réduire All Together Now au succès de son single serait passer à côté d'un album subtil et varié. Des titres plus introspectifs révèlent un autre versant du groupe, moins flamboyant mais plus nuancé, où les arrangements montrent un sens du détail remarquable. Les passages instrumentaux s'appuient souvent sur la précision rythmique de Bob Henrit, tandis que les lignes de basse soutiennent des harmonies parfois délicates, parfois plus rugueuses. Les morceaux plus dynamiques laissent, eux, s'exprimer l'alchimie entre guitare et claviers.
Un héritage qui dépasse son époque
Avec le recul, All Together Now apparaît comme l'un des disques où le rock britannique franchit un seuil, conciliant accessibilité et ambition. L'album ne bouleverse pas le paysage progressif, mais il joue un rôle essentiel dans la transition entre la pop psychédélique des années 60 et un rock des années 70 plus ample, plus robuste, plus orchestré. La place singulière du groupe, jamais totalement prog, jamais complètement pop, fait de ce disque un jalon particulier dans l'histoire du rock anglais
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