Quand les anciens Yardbirds amorcent leur renaissance
À sa sortie en 1969, le premier album éponyme de Renaissance surprend par son ambition et son éloignement stylistique par rapport aux origines du groupe. Fondé par Keith Relf et Jim McCarty après la dissolution des Yardbirds, le projet prend une orientation radicalement différente : un mélange d'influences classiques, de structures étendues et d'un lyrisme pastoral qui fait de Renaissance l'un des disques précurseurs du rock progressif symphonique. Publié au Royaume-Uni sur Island Records et aux États-Unis sur Elektra Records, l'album s'impose comme une œuvre fondatrice pour une formation qui changera profondément de personnel quelques années plus tard.
Un son en mutation
L'album s'ouvre avec "Kings and Queens", longue pièce où piano classique, lignes de basse amples et voix éthérées installent une atmosphère majestueuse. Cette approche se poursuit avec "Innocence", qui alterne passages intimes et élans instrumentaux, et "Island", morceau final qui déploie un climat méditatif et mélancolique. Le son repose largement sur le jeu pianistique de John Hawken, ancien membre des Nashville Teens, dont la formation classique influence directement la direction musicale. L'ambition du disque s'inscrit dans des compositions longues, articulées, loin des formats pop qui dominaient encore la scène britannique.
Les musiciens et l'identité initiale du groupe
La formation présente sur l'album réunit Keith Relf à la guitare et au chant, Jim McCarty à la batterie et au chant, Jane Relf au chant, John Hawken au piano, et Louis Cennamo à la basse. Le contraste entre les voix de Jane et Keith crée une couleur particulière, tandis que McCarty, loin de son rôle plus énergique dans les Yardbirds, adopte ici un jeu plus délicat et texturé. Cette configuration - qui ne durera que le temps d'un album et demi - constitue la première incarnation du groupe avant qu'il ne soit entièrement recomposé autour d'Annie Haslam et d'autres musiciens au début des années 70.
Anecdotes et trajectoires croisées
Une des particularités historiques du disque tient à son lien direct avec les Yardbirds : Renaissance représente en quelque sorte la continuité artistique et intérieure du groupe par ses anciens membres, tandis que l'autre héritier des Yardbirds - Jimmy Page - poursuivait la voie plus électrique avec Led Zeppelin. Une autre anecdote notable concerne la réception : si l'album n'a pas rencontré un succès commercial massif lors de sa sortie, il a acquis une reconnaissance croissante auprès des amateurs de rock progressif au fil des rééditions sur différents labels, notamment dans les années 1990 et 2000.
Héritage et reconnaissance
Aujourd'hui, Renaissance est considéré comme une oeuvre charnière du proto-prog et un point d'origine essentiel avant la transformation du groupe en formation symphonique à la signature vocale féminine dominante. Il garde une place singulière dans l'histoire du rock progressif, à la fois pour ce qu'il est et pour ce qu'il annonce - une passerelle entre le psychédélisme tardif, les aspirations classiques et l'émergence d'un style plus majestueux et articulé.
