L'Odyssée du Rock Progressif L'Odyssée du Rock Progressif

L'école de Canterbury


Un laboratoire libre du rock progressif

Oubliez la solennité du prog symphonique, les capes, les longues leçons d'histoire. L'École de Canterbury, c'est le rock progressif qui a le sens de l'autodérision. Ce n'est pas un genre, c'est un noyau d'artistes qui passaient leur temps à jouer ensemble, à se piquer leurs musiciens, et à réinventer le rock dans un joyeux désordre.

Née dans la ville universitaire de Canterbury à la fin des années 60, cette "école" est un état d'esprit : un mélange décontracté de jazz sophistiqué, de psychédélisme rêveur et d'une bonne dose d'humour absurde, très british.

De la cafétéria au délire cosmique

Tout commence par une poignée de jeunes gens qui traînent dans les mêmes bars et les mêmes squats. Le groupe semi-pro The Wilde Flowers (où l'on trouve déjà Robert Wyatt, Kevin Ayers et Hugh Hopper) est le berceau de cette aventure.

De là naissent les deux piliers :

Soft Machine : Sous l'impulsion de Robert Wyatt (un batteur qui chante comme un ange déchu et qui a un sens de l'humour pince-sans-rire), Soft Machine est un laboratoire en mutation permanente. Leurs premiers disques sont un tourbillon de pop psyché et de jazz-rock déstructuré, plein d'improvisation libre et de poésie un peu folle.

Caravan : Si Soft Machine fait exploser les cadres, Caravan les habille de mélodies superbes. Leur chef-d'œuvre, In the Land of Grey and Pink (1971), est un bijou de prog pastoral. C'est raffiné, élégant, plein de longs morceaux qui se déploient comme des tapisseries, Caravan mêle humour et nostalgie, parfois très sérieusement.

Et n'oublions pas l'électron libre Daevid Allen, un ancien de Soft Machine qui est parti en France fonder Gong, transformant le jazz cosmique en une saga de science-fiction psychédélique complètement barrée, mais génialement inventive.

Plus qu'un style, une façon de vivre la musique

Ce qui rend l'École de Canterbury si attachante, c'est cette fluidité. Les musiciens s'échangent, les idées circulent. C'est une conversation permanente. Leurs disques sont l'équivalent d'une jam-session improvisée dans le salon, mais élevée au niveau du grand art.

Ils n'étaient pas les plus bruyants ni les plus populaires, mais ils ont posé une question fondamentale : peut-on faire de la musique complexe et virtuose sans en devenir pompeux ? La réponse de Canterbury est un grand oui. Leurs disques sont la preuve qu'on peut être incroyablement intelligent, audacieux, tout en étant drôle, charmant, et surtout, libre. Leur influence est celle d'une bouffée d'air frais qui continue d'inspirer quiconque refuse de choisir entre le jazz, la pop, ou l'avant-garde.