L'Odyssée du Rock Progressif L'Odyssée du Rock Progressif

Julie Driscoll - Brian Auger - Trinity

Streetnoise

Karussell [1969]


Au carrefour entre le jazz, la soul et l'avant-prog

Avec la sortie de Streetnoise en 1969, la collaboration déjà originale entre la chanteuse Julie Driscoll et l'organiste Brian Auger atteint un tournant artistique important. L'album est publié sous le nom Julie Driscoll / Brian Auger & The Trinity et se distingue immédiatement par son ampleur : un double album regroupant vingt-quatre titres, mélangeant compositions originales et reprises totalement réinventées.

Une oeuvre charnière à la croisée des styles

Streetnoise surprend par sa diversité esthétique : on y trouve du jazz, du rhythm & blues, de la soul, une énergie psychédélique, des élans avant-gardistes et des textures annonçant certaines formes précoces du rock progressif. L'approche est marquée par la place centrale de l'orgue Hammond, traité non pas comme simple accompagnement, mais comme moteur harmonique, percussif et atmosphérique.

Julie Driscoll, dont la voix est ici tour à tour brûlante, habitée, spectrale ou douce, impose une présence forte et singulière, très en avance sur le paysage vocal britannique de l'époque. L'album contient des réinterprétations majeures, notamment "Light My Fire" des Doors, "All Blues" de Miles Davis et "Take Me to the Water" (chant gospel traditionnel), toutes métamorphosées par l'alchimie du groupe.

Les musiciens derrière l'album

La formation créditée sur Streetnoise est composée de Julie Driscoll au chant principal, Brian Auger à l'orgue Hammond et au piano, Dave Ambrose à la basse et Clive Thacker à la batterie. Ces musiciens constituent le cœur de The Trinity, formation déjà active avant cet album. Une dynamique émotionnelle et politique.

Le contexte de création, en pleine année 1969, transparaît dans les choix de tonalité et de répertoire. Les thèmes d'aliénation, de tension sociale, de liberté intérieure et d'explosion créative affleurent dans l'interprétation. Driscoll, qui adoptera peu après le nom Julie Tippetts, est encore à cette période une figure emblématique du Swinging London, associée à une esthétique visuelle et sonore résolument moderne.

L'album porte une dimension dramatique qui dépasse l'exercice stylistique : les chansons semblent chargées d'une urgence intérieure, reflétant les bouleversements culturels, politiques et artistiques de la fin des années 60. AllMusic qualifie l'album d'"étonnamment ambitieux" et "profondément expressif".

Streetnoise est considéré comme l'un des sommets de la collaboration Driscoll-Auger. Dans la discographie de Brian Auger, il occupe une place importante en tant que préfiguration de son futur projet, le Oblivion Express, tandis que pour Julie Driscoll, il représente le sommet de sa période pop-soul avant son basculement vers des formes plus expérimentales et improvisées.